Interview de Philippe Gélas

Propriétaire de la Maison Gélas




Comment votre maison a-t-elle relancé une certaine dynamique dans la catégorie ?

L’armagnac jouit d’une image qualitative mais malheureusement un peu démodée et il n’y a pas de grande marque leader pour changer cela. Cela n’a pas empêché mon père d’avoir une approche un peu différente de l’armagnac en créant des embouteillages d’eaux-de-vie non réduites juste après la guerre, c’est-à-dire bien avant les Ecossais. Cette gamme répondait aux demandes des grands restaurants comme celui de Paul Bocuse à la recherche d’armagnacs spécifiques. Une véritable preuve d’amour de mon père pour l’armagnac, lui qui n’a suivi que son instinct et son goût personnel dans le choix et la création de ses cuvées. De mon côté, j’essaie par d’autres approches de conquérir de nouveaux consommateurs, notamment les amateurs de cigares. J’ai privilégié une présentation moderne et les comptes d’âge, plus précis et lisibles, tout en poursuivant le travail de mon père. Ainsi notre approche et l’authenticité de nos produits est récompensée par la fidélité des amateurs et les dégustations à l’aveugle nous placent souvent en tête, même devant les whiskies !

Quels sont les grands changements de ces dernières années ?

Chez nous, les cépages restent les mêmes : l’ugni blanc pour les sols argilo-calcaires et le baco pour les sables fauves des sols des landes. Mais l’armagnac a beaucoup évolué dans le contrôle de la distillation et dans le vieillissement. Je distille toujours dans une colonne armagnacaise mais nettement moins bas pour éviter toute lourdeur et gagner en aromatique. Nous sommes fidèles au même tonnelier depuis plusieurs décennies car il fabrique des fûts d’une qualité supérieure dite « grand cru » avec une chauffe moyenne. Ce qui ne m’empêche pas de faire des essais par ailleurs sur des chênes du Tronçais et bientôt de Slovénie. En effet, avec l’évolution des consommateurs de spiritueux, nos chênes à grain très foncé n’ont pas toujours un apport en bois subtil. Toute ma démarche est de conserver l’aromatique et la fraîcheur et donc un boisé plus discret et souple, moins amer, grâce à une aération importante. Cela nous permet aussi de ne pas avoir de sucrosité dans nos armagnacs.

Comment travaillez-vous les finitions ?

L’appellation d’origine ne nous permet pas d’utiliser que du chêne pédonculé mais n’interdit pas les finitions. Il ne faut pas dénaturer l’armagnac tout en le bonifiant et en faisant très attention au taux de sucre résiduel. Au bout de quelques mois seulement, l’apport aromatique de ces fûts est important tout en ayant minimisé les échanges avec le bois lui-même. Les essais non probants sont systématiquement écartés. Actuellement je regarde du côté des Marsala et Barsac.

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